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Assurance-vie luxembourgeoise  : pour qui et pourquoi ?

02/06/2026 - source : Investissement Conseils

Dans le contexte politico-financier instable de la France, l’attrait pour l’assurance-vie du Grand-Duché va croissant. Encore faut-il y venir pour de bonnes raisons. Explications et conseils.

Les temps sont porteurs pour l’assurance-vie luxembourgeoise, du moins en France. Tous les pros le constatent : la situation politique et financière de notre pays ne rassure pas, poussant nombre de ménages fortunés à aller voir ailleurs. Où ? Au Luxembourg, bien sûr. Toutes fraîches, les statistiques de l’ACA (Association professionnelle des assureurs) pour 2025 confirment que la France est de loin le premier client de l’assurance-vie luxembourgeoise (voir encadré). Un client pesant quelque 100 milliards d’euros gérés dans les compagnies agréées au Grand-Duché, qu’il s’agisse d’assureurs 100 % luxembourgeois ou de filiales de groupes français/européens. L’Italie pointe en deuxième position, avec environ 35 milliards placés dans le deuxième plus petit Etat de l’Union européenne (derrière Malte).Non, le Luxembourg n’est pas un paradis fiscal !Assurance vie luxembourgeoise 01Ce n’est pas pour ces forêts, qui recouvrent un tiers du territoire, mais bien pour sa place financière solide, comptant plus de cent-vingt banques internationales, son faible endettement, sa politique équilibrée et le maintien du triple A par les agences de notation financière, que le Luxembourg attire les ménages inquiets. Sans surprise, l’assurance-vie est une solution privilégiée pour cette mobilité de l’épargne avec de solides arguments à la clé, nous allons y venir. Pas si vite, toutefois. Tordons aussitôt le cou à une méprise parfois répétée : le Luxembourg n’est pas un paradis fiscal ! Investir dans un contrat de droit luxembourgeois est une opération parfaitement légale, à charge pour l’épargnant de la déclarer au fisc. Ensuite, il faut souligner que « l’assurance vie luxembourgeoise n’est sûrement pas destinée à tous les épargnants, qu’elle s’adresse à des patrimoines financiers conséquents, a minima 250 000 euros et à une clientèle ouverte, capable d’aller sur les marchés financiers, avertit au préalable Olivier Herbout, cofondateur de Ramify, une plateforme d’investissement et de conseil en gestion de patrimoine en ligne. Inutile donc de souscrire un contrat luxembourgeois pour y faire du fonds en euros, par exemple. » Voilà qui réduit déjà le champ des prétendants. Reste ensuite à bien cibler l’intérêt de cette solution. « Outre une sécurité renforcée, avec les fonds remis à une banque dépositaire et non chez l’assureur, la raison majeure réside dans l’accès à un univers d’investissement quasi illimité, poursuit Olivier Herbout. Par exemple, il est très difficile d’accéder aux matières premières, comme l’or, dans les contrats français, alors que c’est possible dans un contrat luxembourgeois. Globalement, la diversification sur les classes d’actifs et en leur sein est plus grande au Luxembourg qu’en France. Au-delà des questions financières, l’assurance-vie luxembourgeoise va aussi s’inscrire dans le cadre d’un projet de vie. Les personnes sachant qu’elles seront amenées à changer de pays de résidence ont ainsi intérêt à opter pour ce produit, beaucoup plus adaptatif qu’un contrat français, avec sa neutralité fiscale et la possibilité d’y investir dans différentes devises. En somme, dès lors que les frais sont contenus, un contrat luxembourgeois apporte plus de sécurité, plus de flexibilité pour les ménages mobiles et plus de solutions financières pour investir. » L’essentiel est posé. Etudions maintenant ces trois points dans le détail.Un cadre robuste et rassurantInvestir au Luxembourg, c’est profiter d’une sécurité renforcée sur ses avoirs. Les contours de cet argument méritent toutefois d’être mieux définis pour en saisir toute la portée. Tout comme en France, le distributeur d’une assurance-vie luxembourgeoise n’est pas responsable de la sécurité des fonds investis. Qu’ils soient commercialisés par des départements de banques privées, des family offices ou des courtiers indépendants partenaires des filiales luxembourgeoises de compagnies françaises ou européennes, les contrats de droit luxembourgeois baignent dans un système spécifique de garanties dont l’assureur est un maillon, mais pas le seul. Toute souscription se traduit en effet par l’ouverture d’un compte auprès d’une banque dépositaire agréée par le Commissariat aux assurances luxembourgeois (CAA), et qui centralise les actifs de l’assuré. De cette convention tripartite entre l’assureur, la banque et le CAA, résulte un « triangle de sécurité » qui protège l’épargnant contre la faillite de compagnie. Ce que décrypte Frédéric Sauvage, directeur France de Baloise Vie Luxembourg : « le contrat est d’abord construit autour du triangle de sécurité. C’est un argument fort, notamment dans les périodes instables que nous vivons. Les actifs du client sont avant tout protégés, car les fonds ne sont pas chez l’assureur, mais conservés dans une ou plusieurs banques dépositaires indépendantes et approuvées par le CAA. Il n’y a donc aucun mélange des genres entre le patrimoine de la compagnie, ses capitaux propres et celui des épargnants. Un inventaire permanent des actifs est aussi réalisé avec beaucoup de rigueur. Autre point rassurant pour l’épargnant : il sera le premier à recevoir la contre-valeur de son contrat en cas de défaillance de la compagnie. On parle ici de “super privilège”, alors qu’en France, l’Etat prime sur tout créancier. Ajoutons que nous devons attester de ratios de solvabilité suffisants pour protéger nos épargnants. Tous ces éléments sont déterminants pour un client inquiet et soucieux de protéger son patrimoine financier. C’est une protection unique en Europe. » Autant d’éléments qui font mouche. Ce n’est pas tout. « Concernant la sécurité au Luxembourg, un point est rarement mis en avant, indique Séverine Flottes de Pouzols, présidente de la Financière de l’Aubrac. Il s’agit de la garantie apportée par l’Etat luxembourgeois, qui s’élève à hauteur de 100 % de la valeur de chaque contrat, contre 70 000 euros par personne et par assureur en France, un montant qui limite fortement les chances d’indemnisation pour la clientèle patrimoniale et fortunée. »Zoom sur la banque dépositaireDans ce schéma, il faut cependant insister sur un point, la place de la banque dépositaire. « Elle joue un rôle clé au Luxembourg et ce à double titre, explique Jeremy Lauret, directeur commercial de Swissquote Bank Europe. Premièrement, elle conserve les actifs de la compagnie, ce qui confère une protection supérieure pour les assurés, alors qu’en France, les fonds restent chez l’assureur. Deuxièmement, la banque dépositaire va permettre un accès plus flexible et vaste aux investissements, alors qu’en France, l’offre financière étant plus limitée est encadrée par la compagnie d’assurance-vie. Ce sont là deux différences substantielles pour la clientèle à vocation patrimoniale. » Voilà qui permet déjà de voir plus loin que l’aspect sécuritaire. Dans le cadre luxembourgeois, la banque dépositaire est en fait le relais qui va donner accès à une offre financière autrement plus importante qu’en France. « Alors que c’est un élément clé de l’équation, la question des banques dépositaires est rarement évoquée dans le contexte de l’assurance-vie luxembourgeoise, complète Jeremy Lauret. A première vue, c’est assez logique, nous avons là un produit d’assurance, et l’assureur gère les aspects techniques du contrat. Mais il faut voir plus loin, notamment la flexibilité d’investissement rendue possible par la banque dépositaire. Aujourd’hui, chez Swissquote Bank Europe, la gestion des investissements dans un contrat d’assurance-vie luxembourgeois offre une flexibilité proche de celle du compte-titres, et ceci en temps réel. La digitalisation de nos services est désormais très avancée, nos clients ont accès à leur portefeuille et aux marchés, voire à leur crédit lombard en temps réel. Ces services à forte valeur ajoutée sont très appréciés par la clientèle patrimoniale, mais aussi pour les professionnels de la gestion de patrimoine, notre relais principal en France. » Alors qu’il fut longtemps dit que l’offre luxembourgeoise peinait à suivre le train digital comparativement à la France, il semble bien que ce n’est plus le cas, du moins grâce à l’apport des banques dépositaires.Ne pas trop en faireRésumons, le cadre luxembourgeois est sans conteste plus solide pour sécuriser ses avoirs. Est-ce pour autant un argument suffisant pour y investir ? Plusieurs professionnels de la gestion de patrimoine n’hésitent pas à nuancer cette position, tel Philippe Parguey, directeur général de Nortia : « Le discours sur les charmes de l’assurance-vie luxembourgeoise est trop souvent axé sur la crainte. Le triangle de sécurité, c’est un bel argument, mais avec Solvency II, les défaillances d’assureurs seront, en outre, rarissimes. Quant au risque de blocage des retraits possible avec Sapin II, il est difficile d’assurer qu’il ne serait pas appliqué aux contrats luxembourgeois de compagnies françaises. Bref, ce sont des arguments qu’il faut relativiser. » Cette super-sécurité serait-elle alors purement théorique ? Aucun exemple passé ne permet d’en vérifier la bonne exécution. Du reste, une affaire de faillite en cours fait toutefois désordre dans les bureaux feutrés de la gestion privée, relais majeur de la commercialisation de l’assurance-vie luxembourgeoise avec certains cabinets de gestion de patrimoine spécialisés. Rappel : en août 2024, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution publiait un communiqué informant le public de l’insolvabilité de l’entreprise d’assurance FWU Life Insurance Lux, dont trente mille contrats sont détenus par des assurés français. Le retrait d’agrément de cette petite compagnie luxembourgeoise fut ensuite confirmé en février 2025. Et depuis ? Deux ans ont passé et les assurés n’ont toujours pas récupéré leurs avoirs. Quid du « triangle de sécurité » précité ? Protège-t-il contre la dépréciation des contrats gérés par l’assureur, qui dans ce cas, auraient perdu 60 % de leur valeur ? Pour l’heure, les déclarations de créance sont toujours en cours de traitement selon le site, le portail d’information et de communication des clients de l’ex-assureur. Par ailleurs, selon L’Argus de l’assurance, une quarantaine d’épargnants auraient porté plainte contre cet assureur luxembourgeois, mais aussi contre Predictis et Flornoy Ferri, deux filiales du groupe Premium, et MD Distribution, « pour pratiques commerciales trompeuses et abus de confiance » concernant « deux cent mille contrats souscrits en Europe entre 2001 et 2016 ». A suivre… Une offre financière quasi-illimitéeAssurance vie luxembourgeoise 02Sans conteste, les solutions d’investissement sont beaucoup plus développées dans les contrats luxembourgeois. Sous réserve d’avoir une surface financière élevée et de ne pas rechercher des placements garantis. Inutile d’opter pour un contrat luxembourgeois si l’on est allergique aux unités de compte (UC). Et pour cause, « l’offre luxembourgeoise se distingue vraiment sur l’étendue des actifs autorisés dans les contrats qui va bien au-delà de ce qu’autorise le Code des assurances français, explique Frédéric Sauvage. Les clients ont accès à des solutions différentes selon leur niveau de patrimoine financier, en architecture ouverte au travers des FID (fonds internes dédiés), des FIC (fonds internes collectifs) ou de FAS (fonds d’assurance spécialisés). Ces derniers proposent ainsi un accès plus direct à des fonds qui sont ceux de la banque dépositaire, et pas seulement ceux sélectionnés par l’assureur. Mais pour qu’un contrat d’assurance-vie soit éligible à l’ouverture d’un FAS, il faut que le souscripteur ait versé une prime d’au moins 500 000 euros. C’est bien le signe que nous sommes là avec une clientèle CSP+, des familles fortunées, des chefs d’entreprise cédant leur société, et qui optent pour des contrats d’assurance-vie luxembourgeois pour leur souplesse, la liste des actifs proposée et le cadre stable et rassurant du Grand-Duché. »Un cadre bien établiDans le détail, la circulaire 15/3 précise les conditions d’accès aux fameux fonds internes dédiés (FID) qui, répertoriés en classes A, B, C, D, offrent des combinaisons d’actifs d’autant plus étendues et sophistiquées que les montants investis sont importants (rarement moins de 250 000 euros, même si un premier seuil d’accès est fixé à 125 000 euros) et le patrimoine mobilier du client élevé (au moins 2,5 millions d’euros pour les fonds de gamme de type D). Mais il y a du neuf. Le 28 janvier dernier, le CAA a publié une nouvelle lettre circulaire (26/1), applicable depuis le 1er février pour les contrats émis à partir de cette date (les contrats et fonds dédiés existants avant cette date restant régis par les règles d’investissement des textes antérieurs, même si leur adaptation est possible par avenant). Ce texte révise la circulaire précitée dans le but de « renforcer la compétitivité et l’attractivité de l’assurance-vie luxembourgeoise, tout en maintenant un cadre de protection et de gouvernance exigeant ». Quels changements sont à l’œuvre ? Les FIC de catégories A, B, C ou D conservent leur nature collective, mais n’ont plus besoin de notification préalable au CAA, avec la possibilité de désigner un dépositaire hors EEE. « Les dispositions de la nouvelle lettre circulaire permettent aux FIC A, B, C ou D de devenir plus attractifs pour un segment de clientèle qui ne correspond pas à la cible retail d’un FIC de catégorie N, est-il précisé dans la circulaire. Ce segment recherche un produit plus sophistiqué sans nécessiter le niveau de personnalisation habituellement associé aux clients traditionnels des FID. » Plus de flexibilité au menu, donc. Idem pour les produits structurés, qui seront pour certains traités comme des fonds externes. Enfin, la circulaire fixe les limites d’utilisation des fonds externes, avec une flexibilité, là aussi, accrue.Au-delà des généralitésAttention, certes plus riche, l’offre financière des contrats luxembourgeois n’est pas non plus une panacée. Il faut noter que la gestion d’un fonds interne dédié sera systématiquement discrétionnaire, donc tributaire de la pertinence des arbitrages effectués par la société de gestion mandatée pour la piloter. Ceux qui souhaitent garder la main sur l’allocation de leur contrat ont donc plutôt intérêt à opter pour un fonds d’assurance spécialisé (FAS), une sorte de troisième voie entre les fonds externes (gérés librement mais au périmètre d’investissement plus restreint) et les FID. Il s’agit d’une autre catégorie de fonds internes pouvant accueillir, entre autres, des titres vifs que l’assuré peut lui-même arbitrer. Il est aussi possible de profiter d’une gestion conseillée. Bref, tout est possible. « Le contrat luxembourgeois permet une approche sur mesure, avec davantage de solutions pour l’épargnant et une réactivité supérieure des compagnies luxembourgeoises pour intégrer des sous-jacents financiers, commente Olivier Herbout. Les délais y sont plus courts qu’en France. A titre d’exemple, on peut intégrer rapidement une offre de Private Equity. Pour les produits structurés, on peut faire du sur-mesure avec des enveloppes de collecte moins élevées qu’en France. Les compagnies luxembourgeoises ont une philosophie d’ouverture, mais avec une rigueur d’analyse très poussée. » Pour autant, il faut éviter de s’égarer dans la multitude des solutions et ces différents acronymes. « L’offre financière est certes plus pointue qu’en France, mais pas accessible à tous avec la circulaire 15/3, avertit Philippe Parguey. Dans la majorité des cas, l’offre des contrats de droit français est nettement suffisante, elle sera même plus favorable concernant les fonds immobiliers (SCPI) et accessible pour les produits structurés. » Même constat pour le fonds en euros garanti, prisé des épargnants français (60 % de la collecte, 75 % des encours). Ceux présents dans certains contrats luxembourgeois sont moins performants qu’en France, le rendement étant diminué d’un coût de réassurance (0,2 à 0,5 %). Pour 2024, le taux de participations aux bénéfices moyen appliqué s’élevait à 2,15 % (1,96 % en 2023), contre 2,60 % en France. Du reste, ces fonds en euros seraient sans doute concernés par la loi Sapin II qui prévoit de bloquer temporairement les mouvements de rachats des assurés en cas de risques pesant sur la stabilité du système financier. Pour Jeremy Lauret, « le fonds en euros est un faux sujet, les clients fortunés ne viennent pas pour cela. Ils viennent pour la diversification, la sécurité, le cadre clair et stable dans le temps, la neutralité fiscale ».Au service des expatriésNeutralité fiscale, portabilité du contrat, offre multidevises… Ces points font toute la différence pour les nombreux ménages vivant hors de France. La fiscalité est un maillon fort du succès de l’assurance-vie en France. Et celle des contrats luxembourgeois ? Levons tout malentendu : elle est dite neutre. Traduction : le régime d’imposition qui prévaut est celui du pays où réside l’assuré ou ses bénéficiaires en cas de décès, et ce quelle que soit l’ancienneté du contrat. Si elle ne change rien pour le résident français, cette « neutralité fiscale » est, en revanche, un plus appréciable pour les expatriés (dans l’Union européenne comme au-delà) qui, de fait, profitent de la portabilité juridico-fiscale de leur assurance-vie. Exemple : une personne part vivre sa retraite au Portugal. Si elle dispose d’une assurance-vie luxembourgeoise, elle peut conserver son contrat, qui l’accompagne fiscalement sans double convention. « L’offre luxembourgeoise est très adaptée pour les clients expatriés ou ayant une forte mobilité géographique, car ils ont là une assurance vie tout-terrain avec la possibilité des multidevises et la neutralité fiscale, appuie Philippe Parguey. De quoi éviter des rachats de contrat en cas de retour au pays ou déménagement. Alors que l’assurance-vie française va perdre de sa pertinence hors de l’Hexagone, le produit luxembourgeois va permettre de conserver une enveloppe d’investissement unique tout au long du parcours de l’expatrié, sans rupture juridico-fiscale en cas de mobilité. »L’euro, mais pas queEn somme, avec un contrat luxembourgeois, son titulaire conserve une enveloppe d’investissement unique où qu’il vive, le tout sans rupture juridique ou fiscale en cas de changement de pays. En pratique, attention, les pays de l’Union européenne conservent certaines prérogatives, pouvant créer des imbroglios pour le client. D’où l’importance, là encore, d’être bien conseillé et de s’y prendre en amont, plusieurs mois à l’avance en cas de mobilité prévue. Dans certains cas, le contrat souscrit pourra aussi être adapté par voie d’avenant pour profiter du cadre fiscal local. Autre attrait majeur du Luxembourg : l’épargne placée dans une assurance-vie peut être gérée dans une monnaie autre que l’euro, comme le dollar, la livre, le franc suisse, etc. Voilà qui intéressera grandement les expatriés payés dans une monnaie différente de l’euro et voulant limiter les risques de change. Exemple : un cadre travaillant aux Etats-Unis, payé en dollars américains, pourra épargner dans son assurance-vie luxembourgeoise sans se soucier du taux de change dollar-euro, qui ne lui serait pas forcément favorable. « La portabilité du contrat luxembourgeois est un aspect très intéressant pour les expatriés, résume Séverine Flottes de Pouzols. La fiscalité du pays de résidence s’appliquera sans interférences avec le pays quitté, c’est confortable et rassurant. Ce produit est aussi multidevises, ce qui est utile pour les personnes détenant des avoirs en devises étrangères, par exemple issus de revenus du travail, sans risque de change. Du reste, pour les Français non-résidents fiscaux, qui ne peuvent pas souscrire de contrat français le plus souvent, le recours à l’assurance-vie luxembourgeoise est une solution judicieuse. Avec la portabilité du contrat, ils pourront, par la suite, revenir en France, munis de leur contrat. »

Jouer la complémentarité France-LuxembourgLa stratégie n’est pas d’opposer les contrats de droit français à ceux du Luxembourg. Le premier reste prioritaire, complété du second dès que la surface financière l’exige. Sur le marché hexagonal, l’assurance-vie luxembourgeoise est une niche… qui pèse lourd (14 milliards versés en 2024). Nombre de CGP n’en font pas ou peu. « L’assurance-vie luxembourgeoise reste encore une activité secondaire, pesant environ 15 % de notre collecte, témoigne Philippe Parguey. Sa cible, c’est un investissement d’au moins un million d’euros pour vraiment déployer une gestion sous mandat personnalisée et diversifiée, ce qui n’est pas l’essentiel de nos partenaires CGP. Avant, est-ce intéressant ? Pas nécessairement, sauf pour ces expatriés ou personnes à forte mobilité géographique. » De l’avis des professionnels interrogés, il faut avant tout disposer d’un ou plusieurs contrats de droit français. C’est le socle, avec le recours au fonds en euros pour sécuriser son patrimoine financier le moment venu. Le Luxembourg vient donc ensuite, en complément de l’offre hexagonale. Mais « il faut veiller à ne pas utiliser le contrat luxembourgeois pour de mauvaises raisons, alerte Séverine Flottes de Pouzols. C’est notamment à proscrire pour investir dans le fonds en euros, moins rentable au Luxembourg, ou pour aller sur des supports très prudents. Le contrat luxembourgeois est un produit haut de gamme, son atout est de donner accès à une profondeur financière bien plus large qu’un contrat français. Sous cet angle, l’assurance-vie française et luxembourgeoise sont des solutions complémentaires pour les clients suffisamment fortunés. Le contrat français sera plus défensif avec le fonds en euros et les obligations, le contrat luxembourgeois plus offensif, permettant des investissements plus larges. » Autant de rappels bienvenus. Contrat franco-lux ou pure-player ?Reste l’offre. Quel contrat souscrire pour un épargnant ? Quels sont les assureurs les plus efficaces sur ce marché ? « Au-delà des avantages bien compris de l’assurance-vie luxembourgeoise, il faut ensuite savoir choisir les compagnies avec lesquelles travailler », témoigne Séverine Flottes de Pouzols. Pas simple. Dès qu’un assureur est agréé au Luxembourg (vingt-huit au total selon le CAA, plus cinq opérant sous la forme de succursales), il peut en effet distribuer ses produits d’assurance-vie et de capitalisation dans les vingt-sept Etats membres de l’Union européenne, le tout en libre prestation de service (LPS). Comment ? Par l’intermédiaire de ses partenaires financiers que sont les CGP, les family offices, les banques privées, et les sociétés de gestion. Dans ce cadre, quid de l’offre ? Dans les banques privées françaises, l’offre d’assurances-vie luxembourgeoises est souvent plus restreinte, parfois limitée à l’offre de la maison-mère. Dans certains cabinets de CGP ou plates-formes de solutions patrimoniales, c’est l’inverse, avec souvent quatre à huit offres recensées. Le CGP est in fine l’indispensable courroie de transmission pour investir au Luxembourg, orienter son client et brancher les tuyaux. Seul, un épargnant ne pourra pas vraiment agir, même si certains contrats du Grand-Duché sont aujourd’hui gérables en ligne de manière autonome. A chaque professionnel sa conviction. « Au cabinet, nous préconisons les pure-players luxembourgeois plutôt que les offres franco-luxembourgeoises, indique Séverine Flottes de Pouzols. Leurs contrats sont plus attractifs, avec une bonne digitalisation, des frais modulables, des assureurs solides, des gérants qualifiés, beaucoup de choix dans les banques de dépôt. L’absence de fonds en euros dans ces produits n’est pas un handicap, puisque nous préconisons le recours à ce support dans les contrats de droit français. » Le CAA indique vingt-huit compagnies d’assurances-vie agréées sur son site. Une part sont des filiales de groupes français, comme BPCE Life, SogeLife ou Cardif Lux, quand d’autres sont 100 % luxembourgeoises, telles Wealins, Baloise Vie, Utmost. Chaque acteur défend son savoir-faire et sa notoriété. Certains bancassureurs font ainsi carton plein avec leur filiale luxembourgeoise, comme la Société générale. Illustration : la collecte nette de SogeLife s’est élevée à 1,3 milliard d’euros en 2025 (à comparer aux 5,3 milliards sur le marché français). Dans ses encours, la part des UC est à 52 % (fin 2025), signifiant toutefois que le fonds en euros pèse près de la moitié des capitaux sous gestion. Un seuil somme toute élevé, constaté chez d’autres gros acteurs français, alors que le fonds en euros n’est pas des plus reluisants au Grand-Duché. D’où le contre-pied logique pris par les pure-players luxembourgeois, comme le résume la position de Frédéric Sauvage : « pour les épargnants comme pour leurs conseillers patrimoniaux, il faut ensuite dépasser le cadre des arguments favorables au Luxembourg pour s’interroger sur l’offre en présence, reprend Frédéric Sauvage. Ne faut-il pas, ici, chercher des acteurs différents de ceux déjà présents en France ? La question vaut d’être posée. La qualité de service est un élément-clé pour le CGP et son client. Il devra aussi regarder le profilage de la compagnie, ses ratings financiers, sa dimension internationale, analyser le risque pris. Ce sont autant d’éléments sur lesquels les pure-players luxembourgeois sont bien positionnés, d’autant qu’ils sont indépendants de la situation française. Autre point important : nos contrats sont aussi tous individuels, et de nombreux éléments sont négociés entre l’assuré et la compagnie au travers d’avenants. Inversement, les contrats de droit français sont plus standardisés, de nature collective. C’est là une grande différence. En somme, l’offre luxembourgeoise répond à un besoin auquel l’assurance française ne peut pas répondre. » Le match des contrats doit toujours se faire au cas par cas, en tenant compte d’éléments techniques (frais, seuils d’investissement, etc.) et financiers (offre), mais aussi de la qualité de service proposée (suivi, digitalisation, etc.). Nombre de comparatifs plus ou moins orientés sont diffusés sur le Net. L’avis d’un expert aguerri sera, là aussi, décisif pour faire le tri.

Un marché flamboyantLe niveau de l’encaissement brut en assurance-vie au Luxembourg aura atteint un record en 2025, à 31,1 milliards d’euros (contre 26,8 milliards en 2024) selon l’ACA. La part des unités de compte (UC) dans le volume des primes est de 73 %. Cette collecte brute défalquée des prestations aura porté les encours sous gestion (provisions techniques) à 262,5 milliards (à 80 % en UC, le solde en supports à taux garantis). Point clé de ce marché : près de 83 % des affaires sont réalisées en libre prestation de services (LPS) au travers de cinq pays que sont la France, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne et le Portugal. Sans surprise, la France est le cœur de ce marché de la LPS depuis de nombreuses années. Elle a ainsi représenté 51,9 % des primes en 2024 (soit 13,8 milliards d’euros). Les chiffres de la collecte nette pour 2025 ne sont pas donnés, mais en 2024, cette dernière était supérieure à 6 milliards d’euros pour la France !

DécryptageTrois types de gestion sont possibles au sein d’un contrat luxembourgeois. Soit le client gère directement son contrat, soit il a recours à un CGP (gestion conseil dans un cadre restreint), cas le plus fréquent, soit il recourt à une gestion discrétionnaire, c’est-à-dire qu’il laisse son capital entre les mains d’un gestionnaire. Le Luxembourg est très efficace dans la mise en place de gestion déléguée au travers des FID (fonds internes dédiés), FIC (fonds internes collectifs) ou FAS (fonds d’assurance spécialisés). Ces solutions sont toutefois plus utilisées par les banques privées et family office que par les CGP. Techniquement, le FID est un portefeuille d’investissement sur mesure géré par un gestionnaire agréé, accessible à partir du profil C (250 000 € de patrimoine financier net selon la circulaire CAA 15/3). Le FAS permet une gestion libre ou conseillée avec un univers d’investissement élargi. Les deux sont réservés aux profils C et D et offrent un accès à des actifs non disponibles dans les contrats standardisés (Private Equity, dette privée, etc.).

Et l’assurance-vie irlandaise ?Moins connue que l’offre luxembourgeoise, l’assurance-vie de droit irlandais en a pourtant bien des similitudes, dont la ségrégation des actifs par rapport aux comptes de l’assureur, la plus forte protection des souscripteurs qu’en droit français ou encore un accès à un large univers de solutions financières. Les fonds des titulaires de contrat d’assurance-vie sont identifiables de manière distincte et sont soumis à la surveillance du régulateur irlandais, la Banque centrale d’Irlande (BCI). Petite différence : en cas de fonds insuffisants dans les provisions techniques garantissant les passifs du titulaire du contrat d’assurance-vie, les titulaires de contrats d’assurance-vie irlandaises disposent de droits préférentiels sur les fonds propres de l’assureur irlandais, tandis que les titulaires des contrats luxembourgeois passent après certains créanciers prioritaires. Côté fiscalité, le contrat irlandais se conforme aux obligations du pays de résidence du souscripteur (neutralité fiscale). Autre avantage fiscal de l’Irlande : l’exonération de TVA sur les frais de gestion (alors que les assureurs situés au Luxembourg doivent appliquer une TVA à 17 % sur les frais inclus dans le service de gestion d’actifs). La taille du marché de l’assurance-vie et non-vie en Irlande s’élève à 53,71 milliards de dollars en 2025. Les contrats d’assurance-vie ont généré 32,23 milliards de dollars de cotisations en 2024.