Depuis quelques années, Sienna IM s’adresse à la clientèle des cabinets de CGP via des véhicules d’investissement d’actifs cotés, non cotés et hybrides. Pour se distinguer de la concurrence, la structure s’appuie sur des solutions thématiques, en particulier sur celle de la souveraineté et de la défense européenne. Entretien avec Xavier Collot, son directeur général.
Investissement Conseils : Pourriez-vous nous présenter Sienna IM ?Xavier Collot : Sienna Investment Managers est un acteur de la gestion d’actifs thématique, à impact, aussi bien environnemental que social et couvre toutes les classes d’actifs : monétaire, obligataire, actions, actifs réels et hybrides. Après avoir ouvert notre modèle à la distribution externe, notre groupe poursuit sa transformation, avec une évolution d’actionnariat, en intégrant le groupe Malakoff Humanis. Les investisseurs institutionnels représentent 60 % de nos encours et le marché de l’épargne représente 40 %, que ce soit en épargne salariale, épargne-retraite et épargne individuelle. A fin décembre 2025, nous comptions près 33 milliards d’euros d’actifs sous gestion – 30 milliards d’euros sur les actifs cotés, 2,2 milliards d’euros sur la dette privée et 450 millions d’euros sur les actifs semi-liquides –, ce qui fait de nous un acteur de taille intermédiaire. Nous sommes une structure agile de cent-quinze collaborateurs qui intègre progressivement l’IA pour se concentrer sur la valeur ajoutée apportée à ses investisseurs, mais aussi dans sa gestion en amplifiant le contrôle des risques, l’analyse des datas et en construisant des modèles prédictifs. Nous connaissons une croissance soutenue depuis notre arrivée sur le marché en 2022, que ce soit sur les actifs cotés ou sur la dette privée, mais aussi sur les solutions hybrides grâce à l’avènement de la loi industrie verte qui transforme le marché de l’assurance-vie et de l’épargne-retraite en matière de démocratisation des actifs privés. D’ailleurs, nous avons la volonté de devenir un acteur leader sur la conception de solutions mixtes. Notre marché évolue avec une instabilité croissante. En effet, après des années de baisse des taux, voire de taux négatifs, nous assistons au retour du coût du capital et à la fin de la compression des primes de risque depuis le début de la guerre en Ukraine. Cela impose plus de sélectivité et d’expertise dans la gestion. Par ailleurs, en raison de leurs contraintes prudentielles, les banques financent de moins en moins le tissu économique, ce qui profite à des acteurs comme Sienna IM. Quels sont vos objectifs sur le marché de l’épargne ?Pour nous, l’épargne représente un moteur de croissance industriel, et nous souhaitons atteindre un équilibre entre la clientèle institutionnelle et la clientèle retail. Or ce basculement n’est pas simple. Le marché français de l’épargne financière n’est pas encore mature, même si nous sommes un pays d’épargnants, mais l’épargne est souvent mal fléchée en fonction des objectifs de vie. Par exemple, la majorité des Français utilisent des comptes d’épargne bancaire pour constituer une épargne-retraite, ce qui n’est pas le cas de nos voisins européens et anglo-saxons. Dans ce cadre, nous misons à la fois sur l’épargne salariale et l’épargne-retraite collective et individuelle, qui sont des vecteurs de flux importants, peu volatils et visibles, et des stocks stables dans le temps. Ces marchés sont aussi en croissance structurelle forte, en raison des évolutions réglementaires et sociétales : la retraite par capitalisation n’est désormais plus un tabou. Par ailleurs, le contexte géopolitique et économique – la peur en l’avenir – est favorable à l’épargne. Autres éléments en notre faveur : l’augmentation du poids des actifs privés dans les portefeuilles des Français qui apprécient leur surplus de rendement, leur moindre volatilité et leur utilité en investissant directement dans l’économie réelle. Autre atout pour Sienna IM, la prise de conscience, notamment chez les plus jeunes, du besoin de financer la transition écologique et sociétale. Les Français épargnent de façon plus durable, tout comme ils ont évolué dans leurs habitudes de consommation. Comment adressez-vous le marché ?Avec 33 milliards d’euros d’actifs sous gestion, nous restons un acteur de taille intermédiaire par rapport aux grands acteurs du marché. Pour nous développer en dehors du réseau Malakoff Humanis, nous devons faire preuve d’innovation et d’agilité sur un marché de forte compétition et dont le modèle évolue avec davantage de digitalisation. Nous développons une approche en termes de solutions financières et non pas de produits. C’est pourquoi nous avons été parmi les premiers à concevoir des fonds Eltif 2.0 afin d’accélérer la démocratisation des actifs privés, à développer une gamme de solutions complète compatible à la loi industrie verte, ou encore à nous saisir de la thématique de la défense dès 2025, bien avant les secousses que nous connaissons. Notre différenciation repose également sur notre capacité à délivrer une qualité de performance et de reporting déjà éprouvée auprès des investisseurs institutionnels, et qui profite donc au marché du retail. Nous sommes centrés sur les investisseurs, quels qu’ils soient, pour qui la qualité de notre gestion et nos process sont identiques. Par ailleurs, nous nous adaptons à chaque canal de distribution et non pas l’inverse, parfois en créant des solutions sur mesure, alors que les solutions ont tendance à se standardiser. Nous devons à nos clients l’excellence pour créer de la valeur sur le moyen/long terme. Pour quelles raisons comptez-vous devenir un acteur majeur sur le marché des solutions mixtes ?Nous sommes désormais rompus aux mécanismes des fonds Eltif 2.0. Les solutions hybrides permettent de faire converger les actifs cotés et non cotés, aussi bien dans un fonds fermé qu’Evergreen. Les épargnants sont averses à la volatilité ; elle les fragilise et les conduit parfois à réaliser des rachats ou des arbitrages malheureux, notamment dans le cas d’un investissement de long terme. Associer les actifs liquides et illiquides permet d’augmenter implicitement la part des actifs risqués chez les épargnants, aussi bien dans l’assurance-vie que dans le cadre de l’épargne-retraite, deux enveloppes d’investissement de long terme. Cela permet de financer utilement l’économie avec, à la clé, une volatilité plus contenue et une prime de risque plus élevée, moteur fondamental de la performance à long terme. Vous avez fait de la souveraineté un pilier différenciant de votre offre…En effet, nous sommes aujourd’hui à un instant critique pour l’Europe et son économie. Les Français en ont bien conscience. Nous sortons de trente années de dividende de la paix et sommes aujourd’hui plongés dans une profonde incertitude géopolitique. L’Europe doit retrouver sa souveraineté, à la fois vis-à-vis des énergies fossiles, de l’approvisionnement en médicaments, de sa réindustrialisation, de sa défense ou encore de son autonomie alimentaire. Nous avons été les pionniers avec notre fonds centré sur la défense en 2025. A l’époque, nous avons dû faire face à certaines réticences, notamment sur les questions relatives à l’ESG. Aujourd’hui, notre offre se veut diversifiée, avec un fonds d’actions cotées, Sienna Actions Euro Souveraineté, un FCPE mixte, Sienna Multi Actifs Euro Souveraineté, ainsi qu’un fonds de dette privée, Sienna Dette Privée Défense Europe. Toujours est-il que ce type de fonds thématique vise à nous différencier, comme nous le faisons également autour de la biodiversité depuis 2024 et autour de l’impact social depuis 2022. Dans le même sens, nous réfléchissons à lancer un fonds de dette privée Evergreen dédié au financement d’infrastructures, une typologie de solution qui offre un rendement linéaire sur le long terme, et une réponse adaptée aux besoins et attentes des épargnants. Outre la dette privée, vous avez également lancé un fonds de Private Equity… En effet, si nous sommes des spécialistes de la dette privée, nous avons également créé un fonds de capital investissement en multigestion et en architecture ouverte, le FCPR Sienna Pri-vate Assets Allocation, développé en partenariat avec Cedrus & Partners. Le fonds est géré par notre équipe multi-actifs, et est accompagné d’un dispositif de contrôle des risques et de liquidité très stricte. Le format Evergreen permet de déployer le capital plus rapidement, avec une courbe en J quasi inexistante. Ce fonds dispose d’une poche de liquidité de 30 % et est investi principalement en Europe, sur des petites et moyennes capitalisations, avec une diversification sur le marché américain.